CONGÉ DE MALADIE ORDINAIRE :
QUELS SONT VOS DROITS ?

©pexels-andrea-piacquadio-3769151
LE CONTRACTUELS – mai 2021
Par Danielle Arnaud, secrétaire nationale chargée des contractuels,
contractuels@snalc.fr
Pour les agents contractuels, deux régimes se superposent : le régime général de la Sécurité sociale et les droits statutaires pris en charge par l’employeur (article 2 du décret 86-83 du 17 janvier 1986).
➤ Procédure
Pour obtenir un congĂ© de maladie ordinaire (article 12 du dĂ©cret 86-83 du 17 janvier 1986) ou son renouvellement, l’agent non titulaire doit adresser dans les 2 jours suivant la date d’interruption de travail les volets n° 1 et 2 de son avis d’arrĂŞt de travail Ă sa caisse primaire d’assurance maladie, le volet n° 3 Ă son administration.
L’article D.323-2 du code de la Sécurité sociale prévoit qu’en cas d’un nouvel envoi tardif de l’avis d’interruption de travail ou de prolongation d’arrêt de travail au-delà du délai prévu à l’article R.321-2 du même code, sauf si l’assuré est hospitalisé ou s’il est établi l’impossibilité d’envoyer son arrêt de travail en temps utile, «le montant des indemnités journalières afférentes à la période écoulée entre la date de prescription de l’arrêt et la date d’envoi est réduit de 50 %».
Dans ce cas, le traitement versé par l’administration en application des articles 12 et 13 du décret 86-83 du 17 janvier 1986 est réduit à due concurrence de la diminution pratiquée.
Le Comité médical sera consulté pour tout arrêt dépassant les 6 mois, prolongations comprises.
➤ Rémunération
En cas de congĂ© de maladie ordinaire, l’agent bĂ©nĂ©ficie, sur une pĂ©riode de 12 mois consĂ©cutifs ou de 300 jours en cas de services discontinus, du maintien de son plein ou demi-traitement pendant une pĂ©riode variable selon son anciennetĂ©. La pĂ©riode de rĂ©fĂ©rence de 12 mois (ou 300 jours) est mobile et s’apprĂ©cie de date Ă date.

Exemple de calcul de l’année de référence mobile ou année glissante :
Un agent ayant plus de 3 ans de service est en arrêt de travail (CMO) à partir du 01/02/2021 au 01/05/2021. Les droits statutaires de maintien du traitement par l’administration sont de 90 jours à plein traitement et 90 jours à 1/2 traitement.
Il a bénéficié durant les 12 mois précédents de 50 jours à plein traitement d’arrêt maladie (CMO du 01/05/2020 au 20/06/2020).
Il lui reste potentiellement 40 jours à plein traitement (90-50 consommés du 01/05/2020 au 20/06/2020) et 90 jours potentiels à demi traitement.
Durant son arrêt de travail du 01/02/2021, il percevra donc effectivement 40 jours à plein traitement, et 50 jours à ½ traitement.
En cas de nouveau CMO de 4 mois du 01/09/2021 au 01/01/2022, on s’aperçoit que dans les 12 mois précédents il a bénéficié de 40 jours à plein traitement et 50 jours à 1/2 traitement (ceux de l’arrêt du 01/02/2021 au 01/05/2021).
Il lui restera 50 jours a plein traitement (90-40 consommés du 01/02/2021 au 01/05/2021), 40 jours à mi traitement (90-50 consommés du 01/02/2021 au 01/05/2021), il ne percevra que les indemnités journalières de la sécurité sociale les 30 derniers jours de son CMO (IJSS = 50% du salaire brut avec un plafond de 46 €/jour).
Les primes et indemnités suivent en pratique le sort du traitement dans le cas général durant les droits statutaires, sauf le supplément familial de traitement et l’indemnité de résidence versés intégralement (tout cela sans base juridique explicite cependant).
Un complément de traitement est possible si l’agent a souscrit une assurance complémentaire incapacité de travail (la MGEN ou autre complémentaire « prévoyance ») pour couvrir une partie (importante dans le cas de la MGEN) de la perte de rémunération au titre d’un arrêt de travail.
➤ Ancienneté
Pour le calcul de l’anciennetĂ©, on comptabilise les services effectifs accomplis au sein de l’Éducation nationale, y compris ceux effectuĂ©s avant une interruption de fonctions sous rĂ©serve que celle-ci n’excède pas 4 mois. Sont Ă©galement pris en compte, les congĂ©s annuels, congĂ©s de maladie ordinaire rĂ©munĂ©rĂ©s, congĂ©s de grave maladie, congĂ©s accident du travail, etc.
Si l’agent n’a pas un minimum de 4 mois d’anciennetĂ©, il ne pourra prĂ©tendre Ă aucun congĂ© de maladie rĂ©munĂ©rĂ© par l’administration et ne percevra que les indemnitĂ©s journalières versĂ©es par la SĂ©curitĂ© sociale, s’il remplit certaines conditions.
Au terme de la protection statutaire (c’est-à -dire lorsque les droits à congé sont épuisés), la protection de droit commun prévue par le régime général s’applique et prend le relais de la protection statutaire.
La loi de finances 2018 a entériné le rétablissement de la journée de carence pour les agents publics à compter du 1er janvier 2018. En cas de maladie, la rémunération est due à partir du 2ème jour de l’arrêt maladie.
Toutefois, le jour de carence ne s’applique pas lorsque l’agent n’a pas repris le travail plus de 48 heures entre 2 congĂ©s maladie pour la mĂŞme cause, pour certains congĂ©s (congĂ© pour accident de service ou accident du travail et maladie professionnelle, congĂ© de grave maladie, congĂ© pour affection longue durĂ©e…. Le jour de carence ne s’applique qu’une seule fois Ă l’occasion du 1er congĂ© intervenant Ă partir du 1er janvier 2018 et l’arrĂŞt maladie doit indiquer « renouvellement »).
La retenue sur salaire s’exerce non seulement sur le traitement brut, mais aussi sur l’indemnitĂ© de rĂ©sidence mais pas sur le supplĂ©ment familial de traitement (circulaire du 15 avril 2018).
Par contre, 3 jours de carence pour les IJSS des agents qui ont moins de 4 mois de service ou qui ont dépassé la durée d’indemnisation statutaire.
Depuis la loi 2019-828 du 6 août 2019, dite loi de transformation de la fonction publique, le jour de carence en cas de congé maladie n’est plus applicable aux femmes enceintes, dès lors qu’elles ont déclaré leur situation de grossesse à leur employeur. Cette suppression est valable pour l’ensemble des congés maladie pris durant la période de grossesse, quel qu’en soit le motif, à compter de la date de la déclaration de grossesse et jusqu’au début du congé pour maternité de l’intéressée, y compris le congé pathologique.
➤ Attention aux trop-perçus
Actuellement, lors d’un congĂ© maladie, un contractuel ayant plus de 4 mois d’anciennetĂ© perçoit simultanĂ©ment son plein traitement ou demi-traitement, versĂ© par le Rectorat jusqu’Ă Ă©puisement de ses droits, et les IndemnitĂ©s Journalières de la SĂ©curitĂ© Sociale (IJSS). Ceci gĂ©nère un trop-perçu remboursable par l’agent. Cette situation est due au fait que, l’État Ă©tant son propre assureur, il n’y a pas de système subrogatoire pour les agents publics (Ă l’exception des AED).
La subrogation est l’opĂ©ration qui consiste Ă ce que la SĂ©curitĂ© sociale verse directement les IJSS Ă l’employeur (mĂ©thode en usage dans le privĂ©) et non au salariĂ© ; l’employeur s’occupant de tous les calculs. Ce système subrogatoire a pour grand mĂ©rite d’Ă©viter les trop perçus, le salariĂ© ne recevant que son salaire (pas les IJSS).
Certains contractuels éprouvent des difficultés pour le remboursement de ces sommes, ce qui a souvent pour conséquence de les mettre en grande difficulté financière, pour ne pas dire catastrophique.
Afin de prévenir ce risque de non remboursement, les contractuels ont l’obligation de communiquer à leur employeur le relevé des indemnités journalières.
Lors de votre recrutement, vous devez être informé de cette procédure et de l’obligation de remboursement du trop-perçu.
En cas de non-obtention des documents demandés, la procédure de suspension de versement du traitement sera mise en œuvre (article 2 du décret n°86-83 du 17 janvier 1986), après avoir informé l’agent contractuel, par lettre recommandée avec accusé de réception, de la mesure prise à son encontre et de sa date d’effet.
Il est donc vivement conseillé d’économiser les trop-perçus afin de pouvoir le reverser sans encombre en temps voulu.
Le SNALC revendique pour les contractuels enseignants, CPE et Psy EN, Ă l’instar des AED, la subrogation des indemnitĂ©s journalières, c’est Ă dire le versement de celles-ci Ă l’employeur et non au contractuel, permettant ainsi d’Ă©viter les trop-perçus.
Bon Ă savoir :
- Le congé de maladie ne prolonge pas le contrat : Aucun congé ne peut être attribué au-delà de la période d’engagement restant à courir lorsque l’agent est recruté pour une durée déterminée.
Par exemple, si votre congĂ© maladie court jusqu’au 15 septembre, mais que votre contrat cesse le 31 aoĂ»t, la protection statutaire cessera le 1er septembre, date Ă laquelle s’appliquera uniquement le rĂ©gime gĂ©nĂ©ral de la SĂ©curitĂ© sociale.
Toutefois, lorsque l’administration se propose de renouveler un contrat ou un engagement Ă durĂ©e dĂ©terminĂ©e, un congĂ© de maladie pris en partie Ă la fin du contrat ou de l’engagement initial peut se prolonger sur le contrat ou l’engagement rĂ©sultant du renouvellement. - Un contrĂ´le peut ĂŞtre effectuĂ© Ă tout moment, durant un congĂ© de maladie, par un mĂ©decin agréé de l’administration. En cas de contestation, le ComitĂ© mĂ©dical et le ComitĂ© mĂ©dical supĂ©rieur peuvent ĂŞtre saisis dans les mĂŞmes conditions que pour les fonctionnaires. Ces saisines ne prorogent pas la durĂ©e du CDD (article 18 du dĂ©cret 86-83 du 17 janvier 1986). En outre, dans la mesure oĂą les agents contractuels relèvent du rĂ©gime gĂ©nĂ©ral de sĂ©curitĂ© sociale et bĂ©nĂ©ficient Ă ce titre de certaines prestations, ils peuvent ĂŞtre contrĂ´lĂ©s par le mĂ©decin contrĂ´leur de la caisse d’assurance maladie.
- Contrairement à une idée répandue, un congé de maladie peut se terminer pendant une période de vacances scolaires, sans que ces dernières soient comptabilisées dans le congé maladie. L’agent reprend alors son service durant les vacances et n’est plus en congé de maladie. Il n’est donc pas nécessaire de reprendre un ou deux jours avant les vacances. Ces dernières ne sont pas prises en compte dans le congé de maladie qui a une date de début (celle de la consultation médicale) et une durée exprimée en jours. Une exception cependant si un CMO se termine pendant des vacances scolaires ou un weekend et qu’à la rentrée ou le lundi, un nouveau CMO est prononcé avec la mention « prolongation », la durée des vacances sera alors intégrée dans le décompte annuel des CMO.





